Depuis le début des années 2000, le Centre culturel et la Commune de Marchin s’unissent pour réaliser un projet d’art public, notre « Chemin de sculptures » : une quinzaine d’œuvres trouvent déjà harmonieusement leur place dans l’environnement, dans le paysage marchinois. Ce plan donne des informations sur chacune des œuvres et leur emplacement exact sur la commune.
Une brochure explicative est disponible gratuitement dans nos bureaux.

 

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Découvrez le chemin de sculptures grâce à l'application de randonnée Sity Trail :
- Grand-Marchin (1,2km)
- Belle-Maison (4,4 km)
- Marchin (7,7 km)

Ce projet – tout comme les expositions que nous proposons au Centre culturel ou au « Pavillon des arts » de l’Athénée Royal Prince Baudouin, tout comme notre Biennale de photographie en Condroz – s’attache à certaines valeurs qu’on peut citer : être ou exister, en passant par la relation, la révélation, la recherche de fraternité, de tendresse.

Nos enthousiastes remerciements aux artistes, et à Jacky Lecouturier, qui a photographié les œuvres, et à Alain Delaunois, attaché scientifique aux Musées de Liège, écrivain, journaliste culturel, à qui notre Chemin a inspiré ce magnifique texte : 

Chemins d’évasion

Métaphores et mythes il les oublie
taillant son cristal : la carte infinie
de qui dans toutes ses étoiles brille

Jorge Luis Borges, La Proximité de la mer
(traduction de Jacques Ancet, Gallimard, 2010)

   Si par un jour d’été une voyageuse, abandonnant au pied du kiosque de la place de Grand-Marchin sa bicyclette, se saisissait d’une carte imaginaire à l’échelle 1 sur 1 – telle que Jorge Luis Borges en décrivait les contours infinis et les monuments les plus banals, reliés à l’histoire des être animés et inanimés de cette planète –, si donc, cette voyageuse prenait cette carte non pas entre ses doigts, mais la fixait par l’intensité de son regard, étiré sur un axe panoramique de 360 degrés, elle percevrait qu’au-delà des pâtés de maisons, des habitations plus ou moins isolées, plus ou moins cossues, des terres cultivées et d’autres en friche ou à pâturer, des espaces boisés et d’autres donnés, non, vendus comme parcelles à bâtir, au-delà des lignes de différentes largeurs qui fixent l’étendue relativement irrégulière des voiries, rues et autres chemins communaux, cette voyageuse, disais-je, percevrait sans nul doute qu’une carte topographique – la mieux élaborée soit-elle par les ressources technologiques les plus pointues de l’instant – ne parviendrait jamais à enrober toute la réalité concrète, jusque dans ses éléments les moins (in)signifiants, de ce qu’elle a sous les yeux.

   Cette impossibilité évidente de faire coïncider la réalité territoriale de l’aperçu et du perçu avec une représentation cartographique, cet aveu d’échec dans le mesurage en données chiffrées des distances entre tel et tel élément, anodin ou pénétrant, que seuls nos sens excités (et singulièrement l’amplitude de notre regard) peuvent appréhender, disent assez combien la synthèse empirique de cet exercice ouvre à la plus imaginative des promenades : on devra bien admettre, pour une fois et à notre grand bonheur, qu’elle fraye la voie aux plus belles spéculations (si l’on veut bien se souvenir que ce mot issu du bas latin a pour synonymes, dès le XIIIe siècle, les mots contemplation, rêverie, observation.)  

   Ainsi, les cartes ou plans authentiques sont-ils d’abord imaginaires, de la même façon que sont nées de l’imagination des artistes, les œuvres qui jalonnent, avec une réjouissante et tranquille capacité à provoquer la surprise, l’étonnement, le plaisir ou la réflexion, ce(s) Chemin(s) de sculptures, tracé(s) par extensions successives à Marchin, entre l’an 2000 et l’an 2018. Ce genre d’exercice – des implantations artistiques dans l’espace public d’une zone rurale –, ne permet pas d’emblée la découverte, conditionnés que nous sommes par ce qui nous apparaît comme la nécessaire présence de repères, de signaux et d’indications diverses. Mais l’exercice s’avère bien probant, qui nous incite à être en mesure de rouvrir les yeux, sans recourir à de strictes bornes d’orientation.

Suivons le conseil d’Italo Calvino, qui invitait le promeneur à s’inscrire dans « l’esprit des lieux en même temps que l’imagination innovatrice », et laissons surgir d’où qu’ils viennent lettres de pierres, totem de chêne, acier Corten ou peint, cèdre pour nichoir, petit granit et petit calcaire, dôme d’acier, chêne taillé à la tronçonneuse, pierres de schiste ou plaques émaillées. Regardons le développement naturel du sujet. Le regarder, dans la valeur de ses nuances colorées, au fil des saisons et du temps qui passe. Ne pas s’embarrasser des catégorisations d’un monde bousculant, chaotique ou déficient. Privilégier au contraire les glissements de sens, le brouillage des apparences, se laisser gagner par le rapprochement fortuit ou poétique d’une forme et de la représentation qui s’ouvre à chacun, différemment, mais qui s’offre à tous, indistinctement. 

   « Certains se vantent de se placer à la distance juste, avec le bon recul, face aux œuvres des autres, face au monde, face à eux-mêmes », écrit Gilbert Lascaux. « Ils disent savoir qui ils sont, où ils sont, comment est le monde, et se déclarent très satisfaits de leur savoir supposé et de leur prétendue objectivité. En réalité, il n’existe probablement jamais de distance juste, d’écart idéal et définitif entre un sujet et l’objet qu’il se donne. » Aussi peut-on dire que la promenade qui s’offre à nous, à suivre les artistes qui ont ainsi inscrit leur œuvre dans le paysage, se présente-t-elle comme une sorte d’apprentissage permanent du changement : comment regarder l’œuvre et le paysage dans lequel elle vit, paysage qui par ailleurs nous est peut-être d’une fréquentation extrêmement quotidienne et familière. Cette promenade n’est pas non plus dénuée de questions auxquelles, peut-être, nous parviendrons à trouver des éléments de réponses : qu’est-ce que l’art aujourd’hui ? Quelle est sa place dans notre environnement ? Et quelle place réserve-t-on à l’artiste dans le monde actuel ?

   D’une certaine façon, pour regarder l’œuvre, il nous faut donc en éprouver la distance d’approche et le recul, qui jamais ne seront identiques : ce qui contribue à pérenniser la vie de l’œuvre, ce sont bien ces rapports toujours mouvants que notre corps physique, nos sens, notre intellect, nos émotions, vont entretenir avec elle. A chaque passage, à chaque pas vers la gauche ou vers la droite, à chaque mouvement de la tête, allant de la couleur du ciel au dénivelé d’un chemin, jusqu’à l’œuvre, l’effet survenu – plutôt qu’obtenu – révèlera une sorte de petit prodige : cette œuvre-là, à ce moment-là du jour, nous allons l’inventer. En renouveler la genèse, en expérimenter la structure vivante, et par la nature-même de l’œuvre, revenir ainsi à notre chemin personnel, à notre propre nature d’être vivant et perceptif. Ainsi se rejoignent, pour un temps, deux imaginaires : l’imaginaire de l’artiste, et l’imaginaire du promeneur. Que l’un et l’autre, pour des raisons diverses, ne se rencontrent pas complètement – on peut apprécier une œuvre plutôt qu’une autre – n’a pas d’importance : l’un et l’autre participent à la création d’un paysage qui leur est, dorénavant, commun.

   On entend à présent le glissement, non plus seulement des sens, mais du vent. Le bruissement des pas dans l’herbe succède à l’écho plus lointain des conversations. La promeneuse laisse libre cours à sa flânerie. Toute à sa rêverie, elle voit tout.

ALAIN DELAUNOIS

 

Merci aussi, pour leur indispensable soutien, à la Province de Liège, à la Fédération Wallonie-Bruxelles, au Ministère de la Région Wallonne, à la Fondation Marie-Louise Jacques.

Agréable promenade, belles émotions…